Le courage et l’innocence

Confinement sanitaire oblige,

Ma journée a été entremêlée de travail assidu, de cuisine précipitée par crainte d’une coupure d’eau (merci au babycook Béaba), de ménage pas motivé, de comptage et re-comptage des provisions, entre autres activités non dicibles ici (il faut bien garder une part, même infinitésimale, de mystère).

Pour moi, confinée, la vie professionnelle et la vie personnelle ne font qu’une.

Je suis devenue une intermittente dans la journée de travail. Avocate intermittente, maman intermittente, intendante intermittente. Sans hiérarchie entre les casquettes, quelques fois superposées comme on peut.

Il est 23h30. Je pense aux soignants, à leur appel à l’aide de recevoir la grâce d’un confinement total. La liberté insouciante, même encadrée, du monde extérieur est, pour eux, un contraste douloureux avec ce qu’il vivent dans les hôpitaux. Je n’arrive pas à préciser ce qu’ils y vivent. Il est des situations si dramatiques qu’instinctivement on préfère en faire un déni de réalité, pas simplement les envelopper d’euphémismes, carrément les frapper du sceau illusoire et aveuglant de l’inexistence.

Je pense aux suites qu’aurait un enfermement absolu. Je m’interroge sur l’organisation étatique qu’il nécessiterait pour la satisfaction, sur l’ensemble du territoire français, transocéanique, des besoins physiologiques : s’alimenter, être soigné. Interrogation inextricable.

Je repense aux soignants, à leur abnégation. Instantanément, je relativise mon nouveau cycle biologique et intellectuel d’intermittences. Je ne dois pas m’en plaindre, me dis-je, m’inclinant devant la dévotion de ceux qui sont en première ligne dans le combat sanitaire ayant grippé la dynamique du pays et de ses citoyens.

Je parcours minutieusement ma collection de Monsieur Madame. Je choisis le n°44, Monsieur Courageux, coiffé d’une casquette, et surtout la main tendue.

Promis, je ne vais pas spoiler, sauf à dire que la leçon de la fin mérite le détour. Quelques euros dans n’importe quelle librairie, lorsque leurs officines rouvriront. Lire, c’est un médicament en ces temps angoissants.

page 1 :

“Monsieur Courageux est moins costaud que monsieur Costaud.

Il est moins grand que monsieur Grand.

Mais ça ne l’empêche pas d’être courageux.

Tu vas en avoir la preuve”.

Au fil des pages alternant des émincés de mots et des illustrations encore plus tordantes que le verbe, on assiste, émerveillé, à la bravoure de monsieur Courageux.

Puis arriva, comme un cheveux sur la soupe, la page 17 :

“Monsieur Courageux se retrouva seul et tremblant comme une feuille morte.

Il se lamenta tout haut : “J’ai beau m’appeler monsieur Courageux, j’ai toujours des peurs bleues ! Encore heureux que personne ne connaisse mon secret…”

Personne ne connaît son secret, vraiment ?

Si ! Toi tu le connais maintenant (…)”.

Je me demande comment les courageux soignants font avec les peurs bleues qui accompagnent leur bravoure. Peut-être que j’aurais dû lire “Les 50 règles d’or pour bien gérer ses émotions”. Trois mois qu’il trône dans la bibliothèque comme un fossile, en sandwich entre le Happy Book “Tu es génial !!!” et le petit livre “Booster sa mémoire en 100 exercices pratiques”. 

Je réfléchis. Faire preuve de courage, c’est forcément accepter d’avoir peur. C’est trouver dans la peur la fibre de l’intrépidité.

Intrépide : “Qui ne tremble pas devant le danger”.

La définition me fait sourire, me remémorant les fois où j’ai tremblé, comme un oiseau trempé, devant le danger. Cela pourrait être le résumé d’un extrait du livre “Le coup du lapin et autres histoires extraordinaires” de Didier Paquignon, que j’ai lu dans l’application gratuite L’OVNI. C’est un article de France Inter du 22 février 2020 qui m’a fait découvrir L’OVNI.

L’extrait étonnant de ce livre ovni est une histoire vraie ; elle s’appelle “L’innocence de la jeunesse” :

“Trois adolescents de 15 à 17 ans ont été arrêtés pour le cambriolage d’une maison de l’Illinois.

Les enquêteurs avaient notamment été intrigués par le fait que le poisson rouge de la maison avait été empoisonné à coup de moutarde, de ketchup et de sauce pimentée.

Les adolescents ont reconnu les faits et déclaré aux policiers abasourdis qu’ils avaient tué le poisson pour ne pas “laisser de témoin”.

Ils avaient dérobé une console Nintendo, 30 jeux vidéo et 30 DVD.

(Silericains, 18 février 2011)”. 

C’est surprenant que les policiers aient pris le temps de faire cas du poisson rouge, dans un cambriolage somme toute mineur.

La suite prochainement. Il est l”heure d’aller dormir, pour réussir à porter les trois casquettes demain et être courageux aussi.

Le 24 mars 2020, avant de télé-travailler pour le cabinet.

Les policiers de l’Illinois font attention aux poissons rouges sur les lieux d’une infraction. Leurs investigations seraient à ce point exhaustives ?

Une recherche rapide sur Google. Le site www.vetitude.fr m’apprend que selon un classement qualitatif des lois de protection animale adoptées aux Etats-Unis, publié par l’Organisation Animal Legal Defence Fund, l’Illinois se maintient, pour la dixième année consécutive à la première place des Etats américains les plus respectueux des animaux.

C’est donc parce que l’Etat de l’Illinois a un système juridique très protecteur des animaux que ses policiers ont égard au sort qui a pu être réservé à un poisson rouge pendant un cambriolage … de jeux vidéos par des enfants.

La loi influence bien les mentalités et les comportements.

Le droit en vigueur est un levier pour transformer les individualités, cellules du collectif. Les décideurs politiques et le corps législatif sont des pygmalions. Le destin de Pygmalion est en principe de tomber amoureux de sa création.

Wikipédia affirme que “le nom de l’État de l’Illinois vient de l’algonquin « guerriers, hommes courageux », que l’orthographe française du nom est due aux colons français”.

Alors en France, où en est la législation sur la protection animale, si des cambrioleurs tuent un poisson rouge par empoisonnement afin de ne pas laisser de témoin ?

Lexisnexis360, l’une des encyclopédies numériques plébiscitée par les avocats, à laquelle je suis récemment abonnée, éclaire ce pan du droit que je n’avais pas encore visité :

  • Tuer un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité est une infraction prévue par l’article R.655-1 du Code pénal. C’est une contravention de 5ème classe punie d’une amende de 1500€ maximum.
  • L’auteur peut être le propriétaire de l’animal ou toute autre personne (y compris des cambrioleurs).
  • Peu importe le moyen utilisé pour tuer l’animal, arme ou poison par exemple.
  • Les actes perpétrés sur l’animal peuvent être qualifiés de sévices ou d’actes de cruauté en fonction de l’intention de celui qui s’en prend à l’animal.

Mettre son chien vivant dans la cuvette des toilettes puis tirer la chasse d’eau, est également puni par la loi. C’est une autre histoire vraie du livre “Le coup du lapin et autres histoires extraordinaires” de Didier Paquignon. Elle s’appelle “Le petit ange”. Lisible à souhait dans l’application gratuite L’OVNI (page 17 de l’extrait du livre ovni).

Du courage et de l’innocence …

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