Le petit livre “Les 50 règles d’or de la gestion de conflits…” et ses trésors pour l’exercice professionnel de l’avocat

Note pour le lecteur :

Parce que la littérature développe mon esprit critique et ma sagacité depuis l’enfance, 

Parce que la littérature affine mon raisonnement intellectuel, particulièrement lorsque je rédige les conclusions pour la défense des clients,

Parce que la littérature m’apprend la discipline et le génie des mots,

Dans certains articles, j’adopterai une prose littéraire. Il est bon de gratifier ce qui nous aide “pour de vrai” au quotidien.

La nuit dernière, qui fut de plénitude lunaire, j’ai ouvert un petit livre, pris au hasard de mon regard à la recherche d’une beauté littéraire, avant d’autoriser le sommeil à m’envelopper. “Les 50 règles d’or de la gestion de conflits au travail, à la maison” de Latifa Gallo, aux éditions Les Mini Larousse, acheté 4€54 à la Librairie Générale de Pointe-à-Pitre.

Sur la couverture épaisse, douce et sonore au toucher,

L’illustration colorée d’une femme et d’un homme dos à dos, bras croisés, nuque tendue, ego blessé faisant mine de “même pas mal !”. Leur nez est renfrogné, leur front est crispé, comme lorsque mon inspiration emporte malgré elle l’effluve d’une papaye bien trop mûre, abandonnée longtemps à l’humidité tropicale après avoir été cueillie.

Les deux personnages, trônant à la porte d’entrée du petit livre, étaient manifestement en conflit, en désaccord. “Leur bonbon avait brûlé”, comme le dit joliment un proverbe créole. “Bonbon a yo brilé”.

Le conflit ayant planté ses quartiers et ses graines de discorde dans la relation entre les deux personnages, l’on sent bien qu’il suffirait d’une étincelle de mots, de silence ou de gestes pour dégénérer en guerre, fracassante, froide, dévastatrice.

OBSERVATION GÉNÉRALE : du conflit à la guerre, il n’y a qu’un grain de sel ou quelques gouttes de piment

Les cours d’histoire au lycée analysent les guerres, en racontant l’origine du conflit et l’élément déclencheur de la déclaration de guerre. La goutte qui fit déborder le vase de la colère. Le “petit rien du tout”, en apparence, qui fit se dresser l’ego, tel une lionne a qui l’on vole son déjeuner, sous son museau, alors qu’elle s’était battue dans une course effrénée et endurante, n’économisant aucun de ses efforts, pour manger à sa faim et nourrir ses petiots. L’ego peut être féminin. Oui. La lionne est une chasseuse hors pair.

Parfois, l’origine du conflit date de si longtemps, que ceux qui sont partis en guerre l’un contre l’autre, l’un avec l’autre, ne savent plus trop les faits qui les ont, à la base, précisément, mis dos à dos. Le conflit, vieux comme le monde, perd aussi la mémoire. Sa longueur et son âpreté ont emporté les souvenirs “d’avant la guerre” dans les précipices de la maladie d’Alzheimer.

D’une part, que s’est-il passé avant la guerre ? Avant que le conflit ne soit envenimé en guerre ?

Qui a fait quoi ? Qui a dit quoi ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Avec qui ? Contre qui ? Avec l’aide de qui ? Pourquoi ? Comment ? Dans quel but ? Au détriment de qui ? Au bénéfice de qui ? En se cachant de qui ? En se cachant de quoi ?

Quels ont été les faits et les intentions ?

D’autre part, quelle est la responsabilité de chacun dans la transformation du conflit initial en guerre de tranchées ?

Autant de questions dont les réponses sont dans les souvenirs de chacune des parties, plongés dans la mémoire du conflit. Il est possible de porter secours à ces souvenirs, en faisant descendre une échelle dans la prison où ils ont été oubliés. Ils ont été enfermés à triple tour, pour la sécurité de certains.

Dans la société actuelle de couverture des risques et d’indemnisation simplifiée en cas de réalisation du risque, la serrure trois points est souvent exigée par l’assureur pour être assuré en son habitation. Les prisons mémorielles ont aussi besoin d’un assureur qui assurera en cas d’intempérie. La serrure trois points est en général bien installée dans la mémoire du conflit, quel qu’il soit.

Alors,

Avant que le conflit ne dégénère,

Avant que les souvenirs ne soient jetés aux oubliettes par chacun des participants au conflit, et mis en séquestre derrière une serrure trois points, voire une porte de coffre-fort,

Qu’est-il possible de faire avant que la guerre n’éclate comme une déflagration à la figure de ceux qui ne sont plus d’accord ?

C’est le thème pétillant abordé par le petit livre “Les 50 règles d’or de la gestion de conflits au travail, à la maison”.

OBSERVATION PARTICULIÈRE : Les astuces de gestion des conflits améliorent la qualité et l’impact de l’exercice professionnel de l’Avocat dans la société

La gestion du conflit est un vaste territoire encore sauvage et préservé du tourisme à grande échelle.

La profession d’Avocat commence à peine à visiter ce pays ancestral, sous l’impulsion bienfaisante du Législateur qui, au fait des urgences de notre temps, oblige le justiciable, dans certaines affaires, à engager un mode de résolution amiable du conflit avant de demander à la Justice de trancher dans le vif.

Je reviens au petit livre.

Sur les deux premières pages, deux ombres m’accueillent. Un homme tenant une grosse pierre au-dessus de sa tête, s’apprêtant à la lancer sur son semblable en face de lui, muni d’un pic à deux branches sculpté dans le bois d’un arbre, pointes vers le porteur de la roche. Leurs ombres sur le sol allongent les tailles, le pic et le mouvement vers la confrontation. Même l’ombre du conflit annonce l’idée du passage à la guerre.

Je continue la découverte.

Les pages veloutées m’apprennent la théorie du conflit.

Tout individu ayant nagé, sans bouée de sauvetage, dans la mer tumultueuse du conflit, a vécu la réalité du conflit. Épuisement, quasi-noyade, eau respirée par le nez malencontreusement, coulées à pic au fond de l’océan sombre et déchaîné, visites intéressées et régulières de requins qui flairent le sang frais avant qu’il ne soit versé.

Le métier de l’Avocat est d’intervenir de manière cadrée et régulée (par la déontologie, le droit) dans un conflit : celui qui blesse son Client dans son patrimoine (ses revenus, ses biens) et/ou dans ses sentiments (sa dignité, son honneur, sa réputation).

La mission de l’Avocat est de relever les problématiques juridiques au cœur du conflit pour défendre les intérêts du Client en développant une argumentation et des solutions juridiques pour résoudre le conflit.

Après le bercement de la nuit de sommeil, je me dis qu’il est bien délicat, le métier de l’Avocat. Nous, les avocats, intervenons dans un conflit qui n’est pas le nôtre. Le conflit est celui du client et des autres parties à l’affaire. Nous sommes extérieurs à la situation qui les oppose et nous y intervenons.

Si j’ai les compétences professionnelles pour intervenir dans le conflit vécu par mon client, à la demande de ce dernier, je me demande si j’ai les compétences humaines et sociales pour éviter d’envenimer ledit conflit par mon action en tant qu’avocat, pour éviter que, par mon action professionnelle, le conflit, qui blesse mon client dans ses sentiments, ne dégénère en guerre.

Je suis lucide. Je n’ai pas ces compétences humaines et sociales. Personne ne me les a apprises. Elles ne m’ont pas été enseignées à l’école des avocats. Heureusement, Madame Latifa Gallo a imaginé et édifié ce petit livre-là. Il deviendra dès ce soir mon livre-oreiller. C’est décidé.

Mes clients méritent bien que je fasse cet effort pour eux.

Et puis, 

Dans des procédures judiciaires vécues à titre personnel, j’ai vu se déclencher la guerre, après que le conflit initial fut envenimé. Les morts, les blessés, les pillages, les pertes de tous ordres. Des territoires sacrés envahis, incendiés, détruits, et les survivants laissés pour morts.

Il est des choses qui contiennent des trésors d’or et de diamant, trésors qui vont bien au-delà de leur valeur marchande en argent, en monnaie scripturale. Ce petit livre-là est de ces choses matérielles d’une valeur inestimable pour la Justice du XXIème siècle, pour les professionnels qui y investissent leur énergie, leur temps et leurs idéaux, pour les institutions qui réfléchissent à la Justice d’aujourd’hui et à l’amélioration de celle de demain (ministère et instances représentatives nationales des professions judiciaires et juridiques).

La Justice est l’institution qui a pour mission de trancher les conflits, les litiges, grâce au droit, en rendant une décision judiciaire. Donc la Justice tranche à la toute fin de la procédure qui peut durer des années.

Pendant les années de procédure au cours desquelles les parties ont des intérêts différents voire opposés,

Le système judiciaire du XXIème siècle doit-il mettre en application certaines des méthodes de gestion de conflits exposées par Madame Latifa Gallo pour prendre en considération la DIMENSION HUMAINE des affaires des justiciables qui lui sont soumises ?

4€54 à la librairie. Un peu plus qu’un jus de canne citronné chez René. Un peu moins qu’un chocolat chaud traditionnel à la terrasse d’un café, en hiver, en allant à l’école d’avocat. Un peu plus qu’une bouteille d’eau de coco frais achetée au bord de la route.

4€54, pour des trésors d’or et de diamant.

Rien qu’en parcourant le sommaire, par exemple (prospective : j’ai mis en gras les méthodes qui pourraient éventuellement être systématisées pendant la procédure judiciaire, dans le cadre des écritures et des débats oraux) :

“COMPRENDRE LES ENJEUX D’UN CONFLIT : 

Considérez le conflit sous un angle différent, prenez en compte l’impact du conflit, identifiez les déclencheurs de l’agressivité (extrait du sommaire tronqué, page 6).

“PRÉVENEZ ET DÉSAMORCEZ LE CONFLIT :

Ne jugez pas, témoignez de la reconnaissance, écoutez, développez votre empathie, apprenez à reformuler, réexprimez les sentiments de l’autre, décryptez le langage non verbal, levez les non-dits” (page 6)

“AMÉLIOREZ VOTRE COMMUNICATION POUR PRÉVENIR LES CONFLITS :

Testez votre style de gestion des conflitssoyez “chouette”, surmontez les obstacles de la communicationdistinguez faits – opinions – sentimentsne jetez pas de l’huile sur le feu, sachez vous remettre en question” (extrait du sommaire tronqué, page 6)

“GÉREZ LES CONFLITS :

Initiez-vous à la Communication non violente (CNV), reconnaissez vos émotions, osez exprimer vos émotions, repérez les signaux corporels de la colère, laissez sortir votre colère, gérez les conflits au travail” (extrait du sommaire tronqué, page 7)

GÉREZ LE STRESS lié AU CONFLIT :

Respirez, écrivez votre colère, prenez soin de vous (extrait du sommaire tronqué, page 7)

Dix heures après la publication de l’article,

Le 7 mars 2020 à 18:18

Il est écrit dans le petit livre que “les conflits sont inhérents à toute relation parce que vivre ensemble et communiquer, c’est compliqué” (page 9). Effectivement, j’ai bien constaté cela, notamment dans les procédures judiciaires que j’ai menées pour mes clients jusqu’à ce jour et dans celles que j’ai vécues à titre personnel pendant sept années. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, et la Guadeloupe est une pépite entourée de mer, celle des Caraïbes, et d’océan, l’Atlantique. La mer aussi a ses remous, comme les relations personnelles, professionnelles, sociales.

Nous, les habitants de la Guadeloupe, vivons avec le risque collectif d’un tsunami et le risque individuel d’une noyade au cours d’une baignade à la mer.

Dans le petit livre “40 gestes qui sauvent” de la Fédération Nationale des Sapeurs Pompiers de France, aux éditions Les Mini Larousse, il est écrit que :

“A la mer ou à la piscine, chacun peut se retrouver en difficulté dans l’eau” (page 45).

Dans la mer du conflit, même quand on s’accroche à la bouée de sauvetage “procédure judiciaire en cours”, c’est pareil. Je peux en témoigner et en faire un roman.

Quels sont donc les bons comportements à adopter pendant la traversée dans la mer du conflit, accroché à la bouée judiciaire, avec les éventuels requins rodant juste sous nos pieds ?

Le petit livre “40 gestes qui sauvent” (4€54 aussi) énonce que :

“En cas de difficulté, n’essayez pas de lutter contre le courant et les vagues, pour ne pas vous épuiser. Gardez des forces. Laissez-vous porter par le courant et servez-vous de vos bras pour appeler à l’aide. Si vous êtes fatigué d’avoir trop nagé, faites la planche. Vous flotterez naturellement et vous pourrez respirer normalement . Essayer de garder votre calme, jusqu’à l’arrivée des secours” (page 47).

Très bon conseil à appliquer, lorsqu’on est à la mer ou partie à une procédure judiciaire.

Merci la Fédération Nationale des Sapeurs Pompiers de France. Merci Madame Latifa Gallo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *