Quelques réflexions sur le harcèlement moral & la réputation

Exercice de rhétorique

Sujet : La dégradation de la réputation par les insultes et les rumeurs répétées dans le temps

La rumeur est une nouvelle, un bruit qui se répand dans le public, dont l’origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse (le Larousse).

L’insulte est une parole ou un acte qui offense, qui blesse la dignité (le Larousse).

La réputation est selon le Dictionnaire de l’Académie Française, l’avis favorable ou défavorable que l’opinion publique se fait sur une personne ou sur une chose ; la façon dont on est considéré, connu dans la société où l’on vit.

La société dans laquelle on vit est la famille, l’école (pour l’enfant), le quartier, la commune, la région, le cercle amical, le milieu professionnel, le milieu associatif, et aussi le réseau social connecté dans lequel on a une existence par son avatar. L’avatar est un personnage virtuel que l’utilisateur d’un ordinateur (ou d’un smartphone) choisit pour le représenter graphiquement, dans un jeu électronique ou dans un lieu virtuel de rencontre (le Larousse).

Dans le livre “Sciences en Bulles“, sorti en octobre 2019 à l’occasion de la 28ème édition de la Fête de la science, une doctorante en sociologie à la Sorbonne, Margot Déage, explique que :

“A l’aide de la sociologie des réputations, je cherche à déceler, au collège et en ligne, les processus de groupe qui conduisent à stigmatiser et à harceler un élève. Avec l’espoir que la connaissance des causes sociales de ces statuts négatifs permettra de repérer les situations à risque et d’y remédier… avant qu’il ne soit trop tard”.

La doctorante prépare une thèse titrée : “Avoir une réputation” : étude (n)ethnographique du harcèlement scolaire en milieu scolaire connecté.

Elle précise :

“Moi, je cherche à comprendre le processus social (NDLR : du harcèlement). Comment les insultes et les rumeurs dégradent la réputation d’une personne”. “Quand il y a un conflit, je constate que l’agresseur modifie la hiérarchie du groupe et la place qu’il y occupe”. 

La doctorante observe le comportement des élèves dans l’établissement scolaire et recueille leurs témoignages. Dans le livre “Sciences en Bulles”, une bande dessinée sur trois pages, intitulée “Mot de passe : REPUTATION”, scénarise les actes de harcèlement vécus par Lina à l’école, dans sa classe et sur les réseaux sociaux. Dans le cas de Lina, il est dit que “le mal n’est pas venu de prédateurs inconnus mais de proches qui se sont unis en la rejetant”; Lina se retrouve rapidement isolée, confondant sa propre identité avec la réputation qu’on lui prête”.

La doctorante termine son propos en observant que :

“Il faudrait mettre des ressources à la disposition des équipes éducatives pour accompagner les jeunes dans leur socialisation. Car l’apprentissage de la vie sociale est tout aussi fondamental que les autres enseignements dans la formation de ces futurs adultes!”.

D’autres ouvrages sont cités dans la BD pour en savoir plus sur le sujet :

  • François Jost : “La méchanceté en actes à l’ère numérique”, CNRS Editions, 2018
  • Charlotte Bousquet : “Mots rumeurs, mots cutter, Gulf Stream éditeur, 2014
  • Solène Chardronnet, “RAMDAM hashtag 1″, Fleurus, 2019 (NDLR : impossible de trouver le symbole hashtag sur le clavier Drakkar…).

La thèse à venir de Margot Déage et les ouvrages sur le harcèlement scolaire pourraient être l’une des bases de la conception d‘un kit de formation à destination des équipes pédagogiques pour les aider à détecter les situations propices à l’installation d’un harcèlement scolaire.

Par ailleurs, à l’occasion de la formation professionnelle déconcentrée de l’Ecole nationale de la magistrature ayant eu lieu au Tribunal de Grande Instance de Pointe-à-Pitre le 9 décembre 2019, sur “l’enfant et les violences au sein du couple” :

Le Docteur Carole Gétin, pédopsychiatre à Nantes, a expliqué aux magistrats, avocats, éducateurs spécialisés, médecins, policiers, gendarmes, psychologues (notamment), les traits possibles de la personnalité et de l’histoire des auteurs de violences au sein du couple (qui peuvent être l’homme et/ou la femme dans les couples hétérosexuels, la femme et/ou la femme, l’homme et/ou l’homme dans les couples homosexuels).

Parmi les nombreux éléments d’explication possibles du passage à l’acte violent exposés par le Docteur Carole GETIN, il y a le fait que les auteurs de violences au sein du couple ont pu vivre des expériences d’attaques narcissiques majeures, des expériences fréquentes d’avoir été rejetés et/ou humiliés.

BIEN ENTENDU, cela ne signifie pas que ceux qui ont vécu ces expériences traumatisantes seront automatiquement des auteurs de violences. Il n’y a aucune automaticité, comme l’a rappelé la Juge Madame Sylvie Rousteau, 1ère Vice-Présidente au Tribunal de grande instance de Nantes, qui animait la formation avec Madame Isabelle Rome, Haute fonctionnaire à l’égalité Femmes-Hommes, Madame Danielle Drouy-Ayral, Procureure Générale près la Cour d’appel de Basse-Terre, Monsieur Philippe Cavalerie, Premier Président de la Cour d’appel de Basse-Terre.

EN MÊME TEMPS, si le fait d’avoir vécu des expériences fréquentes de rejet et/ou d’humiliation est susceptible d’être l’une des nombreuses causes possibles du passage à l’acte violent dans le couple :

Il serait salutaire d’organiser des stages éducatifs dans les établissements scolaires afin :

  • d’aider les élèves, leurs parents et l’équipe pédagogique à identifier les actes et propos qui relèvent de l’infraction pénale du harcèlement moral,
  • d’informer les élèves et leurs parents sur les sanctions légales et administratives du harcèlement moral,
  • d’informer les élèves, leurs parents et l’équipe pédagogique sur les droits, de l’auteur présumé et de la victime présumée d’insultes et/ou de rumeurs répétées, à être défendus par un avocat, en audience disciplinaire ou à l’occasion d’une action judiciaire sur le litige.

L’enfant d’aujourd’hui est l’adulte de demain.

Il serait également utile d’intégrer dans les programmes scolaires des établissements (publics et privés) des cours d’instruction civique et des travaux pratiques de communication non violente, pour aider les enfants à mieux vivre ensemble et à se parler en étant conscients de l’impact, sur les autres, de la formulation de leurs propos et du choix de leurs mots.

Un article de journal (le nom du journal et la date de l’article me sont inconnus) affiché dans un cabinet médical explique qu’il a été démontré par une expérience scientifique à l’aide d’IRM que “se faire rabrouer en public fait mal et affecte le cerveau”,” de la même façon qu’une intense douleur physique,”comme après un coup à l’estomac” ; la partie du cerveau affectée est celle “connue pour être liée à la réponse émotionnelle à la douleur”.

Article sur une expérience scientifique de psychologues australien et américains

Enfin, le magazine “Anform!” de novembre-décembre 2019, dans son dossier “Retrouvez votre âme d’enfant” rappelle ce qu’est la vie pour un enfant :

  • l’enfant vit dans l’instant présent,
  • il se détache du regard des autres,
  • il a une capacité d’émerveillement inépuisable, il a la joie de vivre,
  • il ne dramatise pas,
  • il rigole souvent et joue beaucoup,
  • il exprime ses émotions : la tristesse, la joie, la colère, la peur, le dégoût, et cetera et cetera,
  • il accepte de ne pas tout savoir et pose beaucoup de questions,
  • il a une imagination sans limite,
  • il s’ennuie et cela cultive son imagination.

Il serait utile que, dans un kit de formation pédagogique sur le harcèlement scolaire, ces caractéristiques de l’enfance soient inscrites pour être transmises aux enfants, avec la précision à communiquer aux enfants que :

  • il est tout aussi important de respecter les droits et libertés des autres, que de rigoler ;
  • il est tout aussi important de demander, à qui de droit, le respect de ses droits et libertés, que de jouer ;
  • la société française, y compris guadeloupéenne, est régie par l’Etat de droit défini comme la “situation d’une société soumise à une règle juridique qui exclut tout arbitraire ” (Dictionnaire de l’Académie française).

Une affichette dans un cabinet médical argumente sur une proposition philosophique, sociétale, psychologique : “ce que l’on ne dit pas nous tue .

Une proposition est une thèse ou une hypothèse formulée de manière concise. Une hypothèse est la proposition visant à fournir une explication vraisemblable d’un ensemble de faits, et qui doit être soumise au contrôle de l’expérience ou vérifiée dans ses conséquences.

La rhétorique (l’argumentation) inscrite sur l’affichette (dont j’ignore le nom de l’auteur et de l’ouvrage d’où il serait extrait) est la suivante :

Au vu de l’hypothèse qui précède, de manière générale, il semble important de :

  • demander à l’amiable et, en cas d’échec, à la Justice, le respect de ses droits et libertés,
  • être défendu par un avocat que l’on soit demandeur ou défendeur dans une procédure judiciaire ou disciplinaire,
  • être conseillé par un avocat au sujet de ses droits et libertés dans une situation particulière,

Vu que la France est un Etat de droit.

Notes pour le lecteur :

  • le livre “Sciences en Bulles” a été donné par la LIBRAIRIE GENERALE à Jarry. Il est mentionné derrière le livre qu’il “ne peut être vendu”.
  • Un article du site internet de Guadeloupe 1ère sur la formation pluridisciplinaire du 9 décembre 2019 est consultable ici
  • Une définition de l’Etat de droit, par le Dictionnaire de l’Académie française, est consultable ici
  • L’expression “qui de droit” signifie pour le Larousse “la personne compétente, qualifiée” et est consultable ici
  • Une définition du mot “proposition” est dans le dictionnaire ORTOLANG du CNRTL ici
  • Une définition du mot “hypothèse” est ici

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