L’humanité dans le serment de l’avocat

La girafe et le chacal sont une métaphore utilisée dans la méthode de la communication non violente pour illustrer :

  • la communication « girafe », c’est-à-dire bienveillante, en cultivant l’empathie et l’auto-empathie,
  • la communication « chacal », c’est-à-dire celle qui est véhiculée par les reproches et les critiques envers les autres, ainsi qu’envers soi-même.

AVERTISSEMENT POUR LE LECTEUR : il est possible que la lecture de cet article génère en vous des émotions de joie, de tristesse, de peur, de dégoût, de colère (alternativement ou cumulativement). Cela dépend de votre cadre de référence, unique en soi. En tous cas, les deux petites mains qui rédigent les articles ont à cœur (oui les mains aussi ont un cœur) d’insuffler (les mains aussi ont du souffle, celui de la vie) une intention bienveillante et humaniste dans leur action.

CE QUI SUIT EST UNE HISTOIRE IMAGINÉE DE A À Z (à quelques détails près…)

« Chère Maître, j’ai une affaire en cours devant le tribunal. Lors de l’audience de plaidoirie devant le Juge, j’ai entendu des mensonges dits par l’autre partie sur ce qui s’est passé et sur ma personne (mon caractère, ma personnalité, mes qualités et mes défauts). J’ai ressenti une profonde colère, inexpérimentée jusqu’ici dans ma vie (pourtant, j’en ai vécu des choses difficiles et des injustices !). Mon avocat est resté calme et professionnel. Il m’a demandé, en aparté pendant l’audience, ce qui était vrai et ce qui était faux dans ce que venait de dire l’autre partie. Je lui ai répondu comme j’ai pu (nous étions à quelques mètres du Juge). Puis, il a attendu que l’autre partie termine d’exposer sa défense pour redemander la parole au Juge. Ce dernier accepta de lui redonner la parole, malgré la durée déjà conséquente de l’audience, ce que j’appréciai et qui me soulagea, parce que j’étais effrayé à l’idée que mon avocat ne puisse répondre aux mensonges dits précédemment. Mon avocat a plaidé en ma faveur en restituant ce que je venais de lui dire et en mettant les informations contenues dans mon dossier en relation avec les mensonges dits par la partie adverse, pour démontrer l’incohérence de ces propos qui m’ont profondément blessés. L’argumentation de mon avocat était objectivement convaincante. Toutefois, je ne comprends pas. Je trouve que mon avocat est resté trop respectueux à l’égard de l’autre partie. Je venais pourtant de lui confier, les larmes aux yeux et les sanglots dans la voix, que ce qui venait d’être dit sur moi est très méchant et très injuste. J’ai même eu envie de quitter la salle d’audience en claquant très fort la porte (je regrette aujourd’hui de ne pas l’avoir fait). Je m’attendais à ce que mon avocat dise que ce qui venait d’être dit sur moi est méchant et très injuste. Je suis déçu. Je vous remercie de m’aider pour y voir plus clair. Je commence à perdre confiance en mon avocat, que j’apprécie pourtant depuis des années ».

La correspondance était inscrite sur une carte postale flamboyante. Elle représentait un poncho au lainage de couleurs chatoyantes et épicées. La directrice de publication était préoccupée par un dossier qu’elle travaille depuis deux jours. Après avoir lu la carte postale et admiré les détails de la photographie, elle préféra gagner du temps en confiant le pli au coursier pour qu’il la porte au comité de rédaction.

Elle inscrivit rapidement sur un post-it vert « Merci de travailler sur le sujet – la publication aura lieu dans 38 heures – pas le temps de commander le petit-déjeuner frais ce matin – dans le réfrigérateur, il y a de quoi vous préparer un petit-déjeuner copieux et savoureux ».

La directrice de publication expliqua au coursier comment se rendre dans le bureau du comité de rédaction tout en le conduisant jusqu’à un ascenseur, totalement vitré, dont les gardes corps sont incrustés d’une myriade de pierres scintillantes bleues azur. Elle lui dit que l’ascenseur est activé par une carte à puce, sécurisée et nominative, à restituer, après la réalisation de la course, dans un interstice insoupçonnable au visiteur non initié. Elle ajouta que s’il oubliait de restituer la carte à puce, l’ascenseur ne s’ouvrirait pas pour qu’il en sorte. Le bouton d’urgence étant en panne en ce moment, le coursier resterait bloqué jusqu’à ce que quelqu’un appelle l’ascenseur et le délivre d’une mort solitaire. Le coursier écarquilla les yeux, il se dit que son métier était dangereux finalement et répondit à la directrice de publication que, vu le risque de cette course, le prix serait majoré d’une prime de 50%. Elle acquiesça d’un geste de la tête.

Le coursier, circonspect, disparut dans l’ascenseur lumineux. La directrice de publication rejoignit son bureau et se remit au  travail en se replongeant dans le dossier « C’EST CLAIR contre CE N’EST PAS CLAIR ».

Pendant ce temps-là, dans les rangs du comité de rédaction

La voix-off : Au lendemain d’Halloween, les 42 membres du comité de rédaction sont encore tous vêtus de leur costume. Cette année, deux costumes ont remporté un franc succès dans le comité de rédaction : celui du chacal et celui de la girafe.

Pour qu’il soit effrayant, le costumier ajouta au costume de la girafe un maquillage noir autour des yeux et des dents pointues qui descendaient jusqu’à la moitié du cou de l’animal. Mais une girafe reste une girafe. Dans la savane, qu’elle surplombe majestueusement à l’aide de ses longues pattes et de son cou agile, elle se déplace sans gêner les autres animaux, même les plus féroces, et ne mange que des feuilles. Affublé de ses ronds noirs aux yeux, le costume de la girafe ne fit peur à personne, il amusa même les enfants les plus sensibles du quartier. Le costume du chacal, quant à lui, n’eut besoin d’aucun artifice. Il représentait un chacal arborant des dents menaçantes, des babines exagérément retroussées, une furie dans un regard sans âme et les deux pattes avant toutes griffes acérées dehors. Indéniablement, le costume chacal ferait mourir de peur le plus brave des braves et même Conan le Barbare. Dans la savane, le chacal est un carnivore. Il ressemble à un renard et rôde près des troupeaux de gazelles, innocentes et naïves.

Dans le bureau ovale, il est impossible de différencier les 42 halloweeniens dans leur costume. On ne sait plus qui est qui. Cette expérience les décomplexait et les amusait. Il est vrai qu’ils ont mangé la veille, pour Halloween, une quantité gargantuesque de bonbons en faisant du porte à porte. Ils expérimentent maintenant ce qui est bien connu des enfants, « l’ivresse des bonbons », qui altère leur lucidité et leur concentration. Certains ont rapporté avoir des hallucinations olfactives et visuelles de bonbons animés courant, volant ou nageant, tout dépend du degré de l’imprégnation du sucre dans l’organisme. Quoiqu’il en soit, cette ivresse impacterait leur travail, alors que la question sur laquelle ils allaient plancher est délicate. Il serait utile, à partir de l’année prochaine, de mettre à leur disposition un test de glycémie pour savoir lesquels d’entre eux présentent une imprégnation glucidique trop élevée susceptible de porter atteinte à leur cohérence intellectuelle.

Dans un brouhaha de lendemain de fête, l’on entendait tout de même quelques discours construits :

Une girafe, qui tenait la carte postale en main : La question est vraiment intéressante.

Une autre girafe : L’avocat prête le serment d’exercer son métier avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. L’humanité est définie par le Larousse comme le sentiment de bienveillance et de compassion envers autrui.

La même girafe attrapa un beau livre rouge, qui était posé sous une pile d’ouvrages au milieu du bureau blanc, et lut : « C’est l’humanité qui place l’avocat aux côtés d’hommes ou de femmes (victimes ou coupables) qui souffrent et qui traversent des épreuves humaines difficiles et souvent angoissantes. L’avocat doit faire preuve de compassion et de bienveillance envers les personnes qui viennent le trouver. Mais il doit également faire preuve d’humanité à l’égard de son adversaire » (Les règles de la profession d’avocat, H. Ader et A. Damien, Dalloz Action 2008/2009 n°30.26).

Une girafe qui n’a rien entendu de la discussion entre deux de ses collègues : Vous êtes au courant qu’il y avait une poule noire dans le jardin de la Cour d’appel de Basse-Terre dernièrement. Il parait que toutes les radios et télés en ont parlé. Je l’ai su indirectement, je n’écoute pas régulièrement les informations depuis quelques mois.

Un chacal : Tu n’écoutes pas les informations ! Quelle idée saugrenue… Toi tu fais toujours les choses à l’envers. Tu as intérêt à t’y remettre quotidiennement, sinon tu seras dépassé, et tu auras l’air bête dans les conversations.

La voix-off, qui observait la scène, se dit à elle-même : « Le “tu” qui tue, avec des reproches, une attaque personnelle et des évaluations négatives ».

La girafe : Lorsque j’écoute les informations tous les jours, cela m’angoisse. Pour préserver ma santé, je préfère écouter les nouvelles (parfois pas si neuves que ça) lorsque j’en ressens l’envie ou l’utilité. Les informations importantes me sont rapportées par mon entourage et ça me va.

Le chacal : Soit ! Je t’aurais prévenu. Lorsque tu te ridiculiseras en public, tu penseras à ce que je t’ai dit !

La voix-off, dans sa barbe (la voix-off n’est pourtant pas un homme) : « Le “tu” qui tue, une évaluation négative et une menace indirecte ? ».

Une autre girafe : La poule qui était à la Cour, c’était une vraie « poule noire » ? Celle qui est noire du plumage jusqu’à la chair ? Car cette poule-là, elle vaut cher et a très bon goût.

Un autre chacal : Tu racontes n’importe quoi ! C’est juste une poule noire. Point. Tu fais comme si on l’avait tuée, pour la cuire et la manger.

La voix-off (qui est bien une femme) : « no comment… ».

Une autre girafe : Vous savez, « la poule noire », c’est le titre d’un livre.

Un chacal : Comment tu sais ça TOI ?! Je suis pressée de le savoir !

La girafe : Il y a une semaine, j’allais au Mémorial Act à Pointe-à-Pitre, et dans le ferry, une jeune femme, assise à côté de moi, lisait un livre recouvert de papier kraft. La dissimulation de la couverture attisa ma curiosité, je jetai un œil sur le haut de la page du livre et je lus « La poule noire ». Puis, depuis mon téléphone, je fis des recherches et je découvris que c’était un roman sur la magie noire.

Une girafe : vous croyez que ça existe la magie, qu’elle soit blanche, noire, bleue, rouge, verte, kaki ?

Une autre girafe qui s’affairait sur internet lut lentement : « la magie naturelle est l’ensemble des expériences de physique, de chimie etc…, produisant des effets que la science ne pouvait pas expliquer. Par exemple, la pousse de roses en décembre ».

Un chacal : Tu es hors sujet. On te parle de magie colorée, pas de magie naturelle. Revois ta copie !

Une girafe : selon le dictionnaire de l’Académie Française, la magie est « l’art qui est censé donner le pouvoir de faire intervenir des puissances occultes afin de modifier le cours de la nature ou d’agir sur la destinée des hommes ».

Une girafe : Je n’ai pas connaissance d’une source scientifique qui conclut à l’existence de la magie. C’est donc une croyance. Croire, selon le dictionnaire de l’Académie Française, c’est « accorder une confiance sans réserve à une parole ».

Une girafe : Henri Poincaré, notamment mathématicien et philosophe, a dit que « Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir » (in La Science et l’hypothèse, Flammarion).

Un chacal : Tu as tort. D’ailleurs, Saint Augustin (alias Augustin d’Hippone, philosophe et théologien français) a dit « Crois et tu comprendras ; la foi précède, l’intelligence suit » (in Sermons, 118, 1).

Une girafe : ben moi un magicien m’a convaincu que la magie existe bel et bien…

Une girafe : ça se trouve, la magie n’existe pas, et le magicien que tu connais est seulement un bon rhétoricien.

Une girafe : C’est quoi un rhétoricien ?

Une girafe : C’est celui qui manie avec brio l’art de la rhétorique, c’est-à-dire l’art de rendre sa parole convaincante. J’ai entendu la définition dans une super émission de radio connue dans le monde entier, et au-delà ! Par des arguments, ton magicien aurait réussi à te convaincre de quelque chose dont l’existence n’est pas démontrée à ce jour. Je m’explique : il t’a convaincu que ce qui est impalpable à ce jour (la croyance « la magie existe ») est palpable (la magie arrive dans la réalité).

Une girafe : Tout dépend de la vulnérabilité de la personne à qui parle le magicien.

La girafe qui croit en l’existence de la magie : je suis peinée à l’idée que tu penses que je suis vulnérable, faible, fragile… J’aurais tellement aimé paraître forte à tes yeux.

La girafe : je n’ai pas dit que tu es vulnérable. Je veux dire que l’argumentation de ton magicien sera plus facilement persuasive et efficace auprès d’une personne vulnérable.

Une girafe se leva et prit un ton solennel, la main posée sur le cœur : Revenons à la rhétorique je vous prie. Je viens justement de terminer la lecture de “M. Heureux et le magicien” de la collection Monsieur Madame. Je l’ai lu, relu et re-relu. L’histoire de M. Heureux m’a convaincu que même si la magie existait, ça n’en vaudrait pas la peine de l’utiliser. Je suis formel !

Une girafe : Je te remercie d’argumenter ton propos. Je suis pressé d’en savoir plus et de connaître le raisonnement qui a emporté ton adhésion.

La girafe : J’aurais aimé te répondre, cependant je suis quelque peu étourdi depuis hier. Le sucre a probablement un effet délétère sur ma mémoire. Je t’invite à aller à la LIBRAIRIE GENERALE à Jarry, pour acheter “M. Heureux et le magicien”. Il coûte 3€34. Lorsque tu l’auras lu, nous en discuterons ensemble. J’apprécierais que tu me donnes ton point de vue. En plus, l’équipe de la LIBRAIRIE GENERALE est aux petits soins avec ses clients. J’y ai aussi acheté “Les Monsieur Madame au Pays Magique”, j’attends le bon moment pour le découvrir.

Une girafe : C’est quand le bon moment pour toi ?

La girafe, avec littéralement des étoiles dans les yeux : Pendant la magie de Noel, pardi !

Une girafe : Je suis désolée, je ne veux pas te priver du plaisir de lire
“Les Monsieur Madame au Pays Magique”. Toutefois, je peux donner mon avis sur le livre parce mon boulanger me l’a offert pour mon anniversaire il y a quelques mois. Comme mon avis est un spoiler, je t’invite à mettre des boules Quies. La boite de boules Quies est sur la pile de codes en face de toi, en quinconce entre le code de la recherche et le code du cinéma et de l’image animée. Ou alors, tu pourrais écouter Aerosmith sur ton téléphone. Je peux te prêter mon casque sans fil. Avec l’une ou l’autre méthode, je t’assure que tu n’entendras rien de ce que je dirai sur le livre et tu pourras goûter au plaisir de le lire à Noel.

La voix-off, en souriant : La girafe qui aime la magie de Noel prit son téléphone, mit Youtube, sélectionna un mix des chansons d’Aerosmith puis se leva en dansant sur “Theme From Spiderman”.

La girafe qui a déjà lu
“Les Monsieur Madame au Pays Magique” dit aux autres girafes et chacals 
: A la fin du livre, Monsieur Lent, Madame Atchoum, Madame Timide et Monsieur Glouton ont chacun jeté une pièce dans un puits à souhaits, et tous leurs rêves sont devenus réalité. J’en déduis que la magie existe.

Une autre girafe, qui avait écouté attentivement le débat, s’écria : Mais que croire, qui croire ?!?! C’est de la folie !

Une girafe qui croyait depuis toujours en l’existence de la magie, et qui, à cet instant, ne sait plus trop si elle y croit ou pas : Ce n’est pas de la folie, c’est de la rhétorique. Tout simplement.

Une girafe : Quelqu’un m’a dit que dans le dernier film Spiderman (Far From Home), il a entendu que la notion de “vérité objective” serait discutée. Cela signifie qu’il n’y aurait pas une seule vérité, mais plusieurs vérités. C’est trop bizarre le concept… c’est louche, ça m’intrigue. Je vais me faire une joie de voir le film pour entendre l’argumentation qu’il donne à ce sujet.

Une girafe : Je pense que ça veut dire que la vérité est subjective et que chacun voit la réalité à sa façon, en fonction de ses croyances, de ses besoins et de ses valeurs. Ghandi a dit : “chacun a raison de son propre point de vue mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort”. Il était avocat, donc un rhétoricien. Et puis Terence, poète comique latin et esclave affranchi, a dit ”
Je suis un homme ; je considère que rien de ce qui est humain ne m’est étranger“. Cela signifierait que malgré la subjectivité naturelle de chacun et chacune, on partage tous le point commun d’être humains, quelles que soient les différences physiques, culturelles, idéologiques, qui nourrissent notre individualité unique.

Un chacal : Je te rappelle que nous sommes des Lettres et pas des Hommes. Ton raisonnement ne tient pas du tout la route. Il y a un couac dans ta rhétorique.

Une girafe : Tu as raison, nous sommes des Lettres. Toutefois, mon raisonnement reste cohérent. Comme les Lettres parlent la langue des Hommes (et vice-versa), comme les Lettres et les Hommes ont en commun la sensibilité et les différences physiques, culturelles, idéologiques (la preuve, regardez-nous, on est toutes différentes physiquement, on a des opinions diverses et variées), le raisonnement qui vaut pour les Hommes vaut pour les Lettres.

une girafe qui adore la radio : Je suis d’accord avec toi : les Lettres et les Hommes, même combat ! Je vais réécouter les podcast de l’émission “La Petite Philo”, la philosophie appliquée au quotidien. Peut-être que Monsieur Thibaut de Saint-Maurice a déjà parlé des notions de “vérité objective”, de “vérité subjective” et du poète Terence, parce que je n’en avais jamais entendu parler avant. Si je trouve des infos, je les partagerai avec vous.

Une girafe qui somnolait sur le tout petit livre “La philo en 400 citations” de Jérôme Duhamel (aux éditions First): Je ne connais pas cette émission de radio. Comme l’a dit Paul Valéry dans son livre “Tel quel” : “Avec les philosophes, il ne faut jamais craindre de ne pas comprendre. Il faut énormément craindre de comprendre”.

Une girafe : Tu l’as lu, le livre “Tel quel” ?

La girafe somnolente, en lui passant son livre-oreiller : Non. Je viens de lire la citation dans ce petit livre-là. Et puis j’ai bien aimé une observation d’Aristote à la page 136 : “le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement de ce que les choses …

La voix-off, la panique dans le regard et dans les cordes vocales : La girafe somnolente ne put terminer son propos, la girafe dubitative qui s’était écrié
“Mais que croire, qui croire ?!?! C’est de la folie !” venait d’agripper, avec ses deux mains costumées et ses dents non costumées, le livre “Zen! La méditation pour LES NULS”. Elle était en train de déchiqueter la page 174. Un petit bout avait échappé au carnage et était tombé par terre. On pouvait y lire “Méditer sur la peur et l’anxiété”. La girafe était en train de convulser. Ses collègues se précipitèrent pour l’aider. Certains restèrent à l’écart pour téléphoner à tous ceux qui pourraient l’aider : le 15 (NDLR : le médecin du SAMU), le 18 (NDLR : les pompiers) et le 65, c’est-à-dire la ligne téléphonique centralisée du Collectif des Magiciens-Guérisseurs de Guadeloupe, plus connu sous le nom CMGG.

Un chacal : Ohlala, qu’est-ce qu’il NOUS fait ? un AVC, une tachycardie ? Pile lorsque j’allais me préparer un chocolat chaud avec le chocolat de la Maison du Cacao de Pointe-Noire !

Une girafe qui était en train de lire le livre “Stop à l’anxiété” du Docteur Jérôme Palazzolo (aux éditions Leduc, Collection “C’est Malin”) : C’est une crise d’angoisse aiguë voire une crise de panique. Regardez, ses pupilles sont dilatées !

La girafe qui lisait un numéro spécial du magazine “Anform!” sur le diabète aux Antilles Françaises Il a peut-être mangé trop de sucre. Si on mange trop de sucre, ça peut avoir les mêmes effets qu’une drogue sur l’organisme et le cerveau. C’est peut-être pour ça que ses pupilles sont dilatées !

Une girafe s’adressant à celui qui se trouvait mal et mettant la main devant ses yeux, le pouce et l’auriculaire redressés : Dis-moi combien de doigts tu vois?

La girafe aux pupilles de chat la nuit : Je vois une licorne bleu-vert à deux cornes… Elle me parle et me dit qu’elle vient me délivrer un message très important …

La voix-off, la main gauche sur le front : La girafe-messagère s’évanouit avant de terminer son propos ! Une équipe du SAMU entra dans le bureau ovale et la prit en charge sur-le-champ. Le médecin du SAMU demanda aux 41 autres costumes ce qu’ils avaient vu et entendu. Après avoir tout écouté, le médecin fit son diagnostic et déclara à son équipe “C’est une crise de panique, visiblement liée à une anxiété généralisée, avec hallucinations auditives et visuelles”. Le médecin demanda aux girafes et aux chacals pétrifiés autour de lui “Vous savez s’il a eu un choc émotionnel récemment?”. Un chacal répondit Oui, sa perruche est morte de vieillesse la semaine dernière ; depuis il est triste ; il s’isole ; je l’ai vu pleurer tout seul ; je lui ai dit qu’il ne fallait pas s’en faire pour si peu et que ce n’était qu’une perruche ; il y a pire quand même! Je le lui ai dit afin qu’il aille mieux et passe enfin à autre chose !”.

Une girafe, affligée, se dit à elle-même qu’il faudra ABSOLUMENT programmer un stage de formation sur l’empathie bienfaitrice et la psychologie positive pour favoriser la cohésion, la bienveillance, l’humanité. Elle dit à ses collègues sur un ton courroucé Mais je n’étais pas au courant que sa perruche venait de mourir ! Comment est-ce possible que ce genre d’informations capitales ne soient pas transmises à tous ?! Nous aurions pu mettre en place pour lui une cellule psychologique, lui témoigner notre affection, lui conseiller de l’homéopathie (même non remboursée par la Sécurité Sociale), et puis nous aurions pu lui offrir un autre oiseau, comme un “inséparable”, afin qu’il retrouve sa joie et sa bonne humeur.

Le médecin du SAMU dit : Nous l’amenons au CHU. Deux d’entre vous peuvent l’accompagner avec nous.

Une girafe et un chacal en choeur en levant la main : MOI !!!!

Une autre girafe, qui croit en l’existence de la magie, dit tout bas à sa voisine girafe : Mais comment être sûr que les médecins réussiront à le soigner ?! Peut-être que cela relève de la compétence du magicien-guérisseur …

L’autre girafe répondit en haussant les épaules : Arf … Gandhi a dit que “la vie est un mystère qu’il faut vivre et non un problème à résoudre”… Sois confiant.

La voix-off, tout en méditant sur la citation de Gandhi : L’équipe du SAMU disparut dans l’ascenseur lumineux avec l’anxieux paniqué chaperonné par ses deux comparses. Les 39 autres restèrent à discuter de ce qui venait de se passer puis, au bout de deux heures de “Et si…”, “Et pourquoi…” “Et comment..”, “On aurait dû…, “TU aurais dû…”ils reprirent leur discussion là où elle s’était arrêtée juste avant la crise de panique de leur collègue.

Une girafe, qui lisait le numéro spécial d’Anform! sur le diabète aux Antilles françaises : Moi, je ne crois pas dans la magie, mais je connais le gâteau magique, et c’est super bon.

Une autre girafe, un jeu de tarot marseillais entre les mains : Moi, hier, j’ai rencontré la voyante qui exerce son activité professionnelle au premier étage de l’immeuble où se trouve le cabinet de la directrice de publication. Elle est très sympa. Son chien, un bichon maltais je crois, est affectueux !

Une girafe : Moi je crois en Jupiter. Il est le dieu romain qui gouverne la terre et le ciel, ainsi que tous les êtres vivants s’y trouvant. Il est aussi le maître des autres dieux. C’est l’encyclopédie Wikipédia qui le dit. Jupiter EXISTE !

La voix-off, épuisée par ces conjectures sempiternelles, se disant que le comité de rédaction devait être sensibilisé à la réunionite, l’inflammation causée par une réunion qui s’éternise alors que nous avons chacun des choses importantes à faire après la réunion : Une autre girafe se mit debout, sortit un drapeau blanc fabriqué avec une branche d’acacia et le baluchon blanc dans lequel étaient les bonbons de la veille”.

La girafe déclara, en agitant son drapeau :Ecoutez-moi TOUS ! Retenons que la LOI est la même pour tous en France, quels que soient les croyances, les valeurs et les besoins des uns et des autres, quelle que soit “la vérité subjective” de chacun. C’est un principe démocratique et de l’Etat de droit. La loi rassemble tout le monde puisqu’elle s’applique à tout le monde. La réalité dans un Etat de droit est que la règle de fonctionnement de la société, la règle de fonctionnement des relations interpersonnelles est LA LOI.

Une girafe : Je suis soulagé ! MERCI de nous avoir rappelé cette information vitale !

Une girafe qui lisait, sur son téléphone portable, des nouvelles de l’année dernière (sic) : Vous savez que le mot “bienveillance” a été élu mot de l’année en 2018 par les éditions Le Robert ? Le site femmeactuelle.fr explique que :

  • ” Chaque année, en décembre, les Éditions Le Robert invitent les internautes à proposer sur les réseaux sociaux les mots qui ont marqué, selon eux, l’année écoulée” ;
  • Très en phase avec les préoccupations actuelles, la bienveillance est largement utilisée, tant par les institutionnels que les entreprises ;
  • “Comme l’explique au Figaro Marie-Hélène Drivaud, directrice éditoriale au dictionnaire Le Robert, le mot “bienveillance fait une percée spectaculaire depuis quelques années. Il est omniprésent : l’éducation bienveillante, la bienveillance envers l’autre. On s’est aperçu que sa courbe suivait très exactement celle du développement des réseaux sociaux, en réaction à la haine véhiculée par ces nouveaux moyens d’échanges. Ce terme est devenu un bouclier à la rancœur et la haine déversées sur ces plateformes”.

La voix-off, se disant qu’une thèse analysant l’impact des réseaux sociaux sur la confiance en soi serait intéressante : Une autre girafe, qui acquiesçait suite à l’intervention de sa collègue girafe, ajouta que “d’ailleurs, le Cambridge Dictionary en Angleterre a désigné le mot “nomophobia” comme mot de l’année 2018. Le site forbes.fr précise que :

  • L’étymologie du mot vient de « no mo » pour « no mobile » et du grec « phobia » pour la crainte.
  • Nomophobia signifie la « peur ou l’inquiétude ressentie à l’idée de se trouver sans téléphone mobile ou d’être dans l’incapacité de s’en servir ».
  • “Quatre mots avaient été présélectionnés, comme l’indique le blog du dictionnaire, avant de les soumettre au vote des lecteurs : nomophobie ; « écocide », terme inspiré du génocide et qui désigne la destruction planifiée de la nature ; « no-platforming », pratique qui consiste à refuser à une personne la possibilité de faire connaître publiquement ses idées ou croyances car celles-ci sont considérées comme dangereuses ou inacceptables ; et « gender gap » ou le fait de traiter différemment les femmes et les hommes dans la société” 

Une girafe, l’air pensif : Vous croyez que ces choix sont de la propagande idéologique ? Je me demande quels seront les mots choisis pour l’année 2019 et si le débat qui aura précédé leur désignation sera démocratique.

Une girafe, plissant les yeux et le nez en regardant le grand écran de son téléphone portable : Le site internet du journal Femme Actuelle dit que les mots sélectionnés pour élire le mot de l’année
marquent une époque ou une année, qu’ils sont les 
reflets d’une tendance, d’un comportement, d’un phénomène de société ou d’une mode, et qu’ils traduisent les changements et évolutions récents”.

une girafe, découvrant le chapitre “La bienveillance au travail” dans “Le petit livre de la bienveillance” de Françoise Dorn (aux éditions First) : Je comprends pourquoi le mot bienveillance a été élu mot de l’année 2018… La bienveillance crée la prospérité ! Il est écrit dans ce tout petit livre, en page 83, que Steve Jobs a dit “Le travail d’un leader est de prendre les gens tels qu’ils sont et de créer, par la bienveillance et l’encouragement, les conditions dans lesquelles ils pourront s’épanouir et se développer. Tout le reste n’est que désir de domination et de contrôle”.

Une girafe : Il a fait quoi déjà, Steve Jobs ?

Une girafe qui lisait le journal “The Economist” : Selon Wikipédia, par exemple, il a été l’un des pionniers de l’ordinateur personnel (le PC), du baladeur numérique, du téléphone intelligent (le smartphone), de la tablette tactile. Il a été l’un des fondateurs de l’entreprise “Apple Incorporation” ; il a été le directeur des Studios Pixar, producteur de films comme Spiderman et Vice-Versa.

Une autre girafe, bouche bée et les yeux écarquillés : La bienveillance au travail peut créer TOUT ça ?! Même des super films ?! Allons proposer qu’il y ait un projet de loi “pour la mise en place concrète de la bienveillance au travail”. C’est qui le Ministre du Travail ? Parce que si cette loi est votée et mise en oeuvre, je parie ma collection de Monsieur Madame (à laquelle je tiens tant !) que le PIB et la croissance de la France vont atteindre des records. Le gouvernement, qui réussirait à faire voter une loi qui installerait concrètement la bienveillance au cœur des relations de travail, deviendrait aussi célèbre que Bob Marley, Johnny, Les Beatles et Benzo réunis.

Une girafe, férue de politique intérieure : Le ministre du travail est UNE ministre. Elle s’appelle Muriel Pénicaud.

La girafe qui était bouche bée et qui désormais a la bouche en cœur : Tu aurais son adresse mail, par hasard ?

La girafe, qui cultive son carnet d’adresses d’hommes et de femmes politiques : Attends, j’appelle une amie qui a son adresse mail.

Une girafe : Bon c’est bien gentil tout ça, mais le travail que la directrice de publication nous a confié ne se rédigera pas comme par magie. Il est nécessaire que nous fassions des recherches déontologiques et que nous articulions les informations pour répondre au questionneur anonyme.

Une girafe : Moi je pense que ce qu’on fait c’est de la magie, parce qu’on rend palpable, en le formulant en mots, ce qui est impalpable, c’est-à-dire l’imagination.

Une girafe : J’a-dore !

Une girafe : On est tous fatigués ce matin, on a mangé trop de bonbons hier soir. Trois d’entre nous sont absents, notre équipe est donc en sous-effectif. J’ai peur que nous fassions des erreurs dans l’argumentation que nous allons formuler et que nous soyons de piètres réthoriciens. On met le « h » où dans le mot “réthoricien” ?

Une girafe : l’erreur est humaine et même lettrique. C’est l’un des points communs entre les Hommes et les Lettres. Si on attend de réaliser parfaitement les choses, et être certain de ne pas avoir commis d’erreur, on ne fait RIEN … et le bateau fait naufrage en restant amarré au port. En plus, ça coûte une fortune en taxes portuaires un bateau qui reste trop longtemps à quai.

Une girafe, qui s’était endormie sur la table, se réveilla en sursaut : Ah bon, on part en voyage ?! Vous ne m’avez pas prévenu, je n’ai pas préparé ma valise…

https://www.youtube.com/watch?v=NHhmDhzqzcA (Le cœur éléphant – Fréro Delavega)

VOIX-OFF, le 5 novembre 2019 au réveil :

Chère Jenifer,

je viens d’écouter pour la première fois votre chanson “Si c’est une île” (sur Youtube). Je connais cette île où il y a l’enfer et surtout l’amour. J’y vis. C’est la Guadeloupe.

S’il vous plait, j’aimerais trop vous voir chanter en Guadeloupe. J’ai besoin d’évasion auditive de toute urgence, si cela est dans vos possibilités, bien entendu.

Mon métier, que j’adore, n’est pas facile tous les jours (hier notamment, voir ci-dessus). En plus, mon île est paradisiaque visuellement, ça vaut le coup d’y venir pour chanter, et même d’y vivre, si on a le cœur bien accroché. J’y ai fait Ma révolution et ça, C’est de l’or. Merci bisous Merci.
https://www.youtube.com/watch?v=48Ebe-oCMIQ (Jenifer – Si c’est une île)

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